Contenu 2018-04-16T09:20:57+00:00

Ce que l’initiative exige devrait aller de soi : favoriser les denrées alimentaires issues d’une agriculture respectueuse de l’environnement comme des animaux et produites dans des conditions équitables. Que les denrées viennent de Suisse ou qu’elles soient importées.

Le bien-être animal sans élevage intensif

Pour la plupart des agricultrices et des agriculteurs, un élevage respectueux du bien-être animal va de soi. Pourtant, malgré les critères élevés de la Suisse en matière de protection des animaux, on retrouve de la viande ou des œufs provenant d’élevages intensifs sur les étals de nos magasins. La plupart du temps sans indication sur les conditions de détention des animaux. Avec l’initiative pour des aliments équitables, on renforce le bien-être animal.

 De gigantesques industriels d’animaux existent dans la plupart des pays qui fournissent de la viande à la Suisse. Le plus grand abattoir européen de volailles se trouve par exemple en Allemagne. Les lois autorisent l’engraissement industriel de dizaines de milliers d’animaux maintenus sur des grillages et dans des cages exigües. Pour éviter les épizooties, ils sont massivement traités aux antibiotiques. Une fois engraissés, ils sont souvent transportés à travers toute l’Europe pour être abattus dans d’immenses abattoirs qui pratiquent des prix cassés. Cela représente une souffrance animale qui ne peut laisser indifférent : élevés entassés les uns sur les autres, sans parcours en plein air ni lumière du jour, les animaux souffrent de stress, de maladies et de blessures. Leurs déjections et les résidus médicamenteux sont épandus en grandes quantités, ce qui pollue considérablement les sols et l’eau. Ce genre d’élevages est tout bonnement inacceptable.

En matière de protection des animaux, la Suisse applique souvent des normes plus exigeantes que les autres pays. Ainsi, elle a interdit la détention de volailles en cage, limité le nombre d’animaux de rente par exploitation et réduit la durée des transports d’animaux à six heures. La loi sur la protection des animaux, de même que des programmes de soutien ciblés ont empêché jusqu’ici l’installation d’usines à animaux comme on en trouve dans la plupart des pays exportateurs. Malgré les lacunes légales et dans la mise en œuvre, beaucoup d’exploitations remplissent des exigences pour le bien-être animal plus élevées, en suivant les programmes de la Confédération.

Malgré ces efforts, de la viande et des œufs provenant de fabriques d’animaux atterrissent sur les étals suisses. Cette viande de qualité douteuse est vendue à vil prix sur les marchés mondiaux. Elle se retrouve en particulier dans des plats importés pré-cuisinés ou mélangée à des produits transformés, mais également dans les restaurants et les cantines. Et ceci sans déclaration de la provenance ni des méthodes de production, qui sont quasiment impossibles à retracer. L’initiative pour des aliments équitables revendique plus de transparence et promeut une meilleure protection des animaux – pour le bien-être animal et pour la qualité des produits offert aux consommatrices et consommateurs. C’est d’ailleurs aussi ce que demande Albert Rösti (président de l’UDC suisse) au travers de la motion « Denrées alimentaires. Chances égales pour la production indigène et l’exportation », malheureusement rejetée par le Conseil national.

Des conditions de travail équitables plutôt que l’exploitation

Les denrées alimentaires sont très souvent produites dans des conditions de travail scandaleuses, même en Europe. Avec le libre-échange, l’industrie agroalimentaire mène une guerre des prix sans merci. Or produire des aliments à très bon marché est difficilement compatible avec des salaires corrects. L’initiative pour des aliments équitables veut privilégier les produits cultivés dans des conditions sociales correctes.

Près de la moitié de toutes les denrées consommées en Suisse est produite ailleurs, par des agricultrices et agriculteurs ainsi que des ouvrières et ouvriers dans des champs, plantations, entreprises d’élevage ou de transformation. La Suisse porte donc une lourde responsabilité quant à leurs conditions de travail. Il est inacceptable que des aliments produits à l’étranger sur le dos d’une main d’œuvre taillable et corvéable à merci soient vendus à prix cassé en Suisse.

Le commerce équitable représente pour l’heure une part congrue de la marchandise consommée : chaque Suisse dépense à peine 14 ct. par jour pour des produits équitables. Des conditions de travail iniques existent non seulement dans les pays en voie de développement, mais des salaires de misère, des horaires excessifs, des risques sanitaires par exposition aux produits chimiques ou accidents de travail existent aussi en Europe.

Un quart des légumes importés en Suisse provient d’Espagne, où ils sont cultivés dans d’immenses serres, dans lesquelles travaillent avant tout des personnes venues d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Est employées à la journée dans des conditions précaires, souvent sans couverture accident ni prévoyance vieillesse. Dans la province d’Almeria, les serres recouvrent une surface de 36’000 hectares – soit près de 10% des terres arables en Suisse. Des journées de travail de 16 heures, des températures dépassant 40oC et un salaire horaire de 2,50 € ne sont pas rares. La situation est pire encore pour les sans-papiers engagés au noir.

De telles conditions de travail se retrouvent en partie dans l’industrie alimentaire. Les multinationales agroalimentaires visent les prix les plus bas possibles et ce sont les employés qui en font les frais. Ainsi, les conditions de travail dans les abattoirs en Allemagne ont récemment fait l’objet d’un vif débat politique : dans certaines grandes entreprises, des travailleurs à la chaîne dépècent des animaux, parfois durant 14 heures d’affilée, pour un salaire horaire de 4 euros, bien largement inférieur au salaire minimum allemand.

La précarité des conditions de travail à l’étranger a des conséquences en Suisse. En raison de la concurrence étrangère bon marché, les paysans suisses ne gagnent pas suffisamment sur leurs produits. Travailler dans l’agriculture est de plus en plus mal payé, ce qui accule les paysans. Le travail des champs est alors souvent confié à une main d’œuvre étrangère, engagée à bas salaire.

L’initiative pour des aliments équitables soutient l’instauration de conditions de travail équitables tout au long de la chaîne alimentaire. « Equitable » signifie que les paysans obtiennent les mêmes salaires que le reste de la population active de leur région, un objectif déjà poursuivi par la loi suisse sur l’agriculture. Cela n’est possible que s’ils ne doivent pas faire face à une concurrence de l’industrie agraire pratiquant des prix cassés.

A l’importation, il faut favoriser les denrées en provenance du commerce équitable, produites au minimum selon les normes définies par l’Organisation internationale du travail (OIT). Ces normes regroupent l’interdiction du travail forcé et du travail des enfants, l’égalité salariale entre femmes et hommes, ou encore la liberté syndicale des employés. Les denrées alimentaires produites dans le respect de l’environnement et du bien-être animal, mais également de manière équitable, devront être renforcées.

La diversité plutôt que l’uniformité

L’initiative pour des aliments équitables veut renforcer une production d’aliments ménageant les ressources et le climat. Ce faisant, elle encourage une agriculture proche de la nature, respectant l’environnement et la biodiversité. Les aliments produits de manière écologique doivent bénéficier d’un avantage concurrentiel sur ceux issus d’une agriculture industrielle et polluante.

L’agriculture industrielle, pratiquant la monoculture et l’élevage intensif, monopolise 70% des ressources utilisées par l’agriculture, comme le sol, l’eau, le pétrole, mais ne produit que 30% des aliments. En se focalisant sur des plantes à haut rendement et des animaux de rente dégénérés, ainsi qu’en recourant massivement aux pesticides et aux engrais de synthèse, on dégrade dramatiquement l’environnement : sols lessivés, eaux polluées, émissions colossales de CO2, appauvrissement des variétés et diminution de la biodiversité. A long terme, c’est la sécurité alimentaire de la population qui est menacée.

En Suisse également, la biodiversité régresse en raison des méthodes de production alimentaire. Les problèmes les plus graves sont la pollution excessive des cours d’eau par les pesticides et le purin, la charge trop élevée en substances toxiques des sols due aux produits phytosanitaires de synthèse et aux engrais, de même que l’émission massive de gaz nocifs pour le climat par l’épandage d’engrais azotés et les grands cheptels.

Problèmes environnementaux, changement climatique et demande alimentaire croissante nous obligent à repenser toute la chaîne alimentaire et à réaliser un tournant écologique. C’est ce que relève également le rapport sur l’agriculture mondiale publié en 2008 par l’ONU et la Banque mondiale. Pour assurer la sécurité alimentaire, les petites structures paysannes et les méthodes de culture écologiques doivent être encouragées et consolidées. Les denrées doivent être, dans la mesure du possible, produites et transformées dans la région où elles sont consommées.

C’est exactement ce que promeut l’initiative pour des aliments équitables : travailler avec la nature et non contre elle. L’initiative demande que les denrées issues d’une production respectant l’environnement et ménageant les ressources soient avantagées sur le marché, ce qui renforce l’agriculture paysanne. Par ailleurs, il faut réduire l’impact climatique du transport et de l’entreposage. L’initiative contribue ainsi à protéger l’environnement dans d’autres pays.

Ces améliorations écologiques sont souhaitables en Suisse également. En dépit des avancées durant ces deux dernières décennies, l’agriculture ne remplit pas les objectifs environnementaux fixés par la Confédération. Il existe notamment des lacunes préoccupantes, comme le démontrent la charge en pesticides des rivières et l’érosion de la biodiversité dans l’agriculture. L’initiative pour des aliments équitables apportera un soutien au tournant écologique à l’intérieur de notre pays.

Plus de denrées alimentaires de la région et de saison

L’initiative pour des aliments équitables veut offrir un avantage concurrentiel aux aliments produits dans la région et au fil des saisons, par rapport à ceux de l’agro-industrie mondialisée. Parce qu’ils sont frais, sains et ménagent l’environnement et le climat. La proximité entre producteurs et consommateurs crée de la transparence, favorise la confiance et avantage l’économie régionale.

Les aliments de saisons et régionaux ont le meilleur écobilan. Frais, naturels, authentiques et sains, ils font partie de notre culture alimentaire. La transformation locale est également avantageuse pour l’environnement : les distances de transport sont sensiblement réduites. En outre, les spécialités des boucheries locales, des laiteries, des boulangeries ou des moulins à huile et à céréales diversifient l’offre. Il s’agit donc de les promouvoir.

L’initiative pour des aliments équitables confie à la Confédération la tâche d’encourager la transformation et la commercialisation de denrées alimentaires régionales et de saison, par le biais de différents instruments : incitations financières, conventions d’objectifs avec le secteur alimentaire afin de proposer plus de produits régionaux et de saison dans l’assortiment ou encore l’étiquetage clair de ces produits. Ces instruments sont couronnés de succès lorsqu’ils sont utilisés. L’initiative pourra rendre ces efforts plus intéressants financièrement et rendre les conventions d’objectifs plus contraignantes.

Dans l’assiette plutôt que dans la poubelle

Un tiers de nos aliments finit dans la poubelle, dont la moitié est jetée avant même d’atteindre notre frigo. L’initiative pour des aliments équitables demande des mesures pour freiner le gaspillage alimentaire. Ce gaspillage pèse sur l’environnement, augmente le prix des aliments et est choquant dans un monde où tous ne mangent pas à leur faim.

Chaque année en Suisse, un tiers des denrées finit dans la poubelle, soit deux millions de tonnes ou 140’000 camions chargés qui, mis bout à bout représentent la distance Zurich – Madrid. Chaque ménage dépense annuellement 2’000 francs pour des aliments non consommés. Ecologiquement insensé, ce gaspillage grève le budget des ménages.

La moitié de ces denrées est perdue avant d’arriver chez le consommateur, dans l’industrie de transformation (30%) et dans l’agriculture (13%). Elimination de la marchandise de moindre valeur, surproduction ou mauvais calibre expliquent les pertes lors de la transformation.

Le gaspillage peut donc être réduit en optimisant les processus de production, de transformation, d’entreposage et de distribution. Une plus grande proximité entre production et consommation, moins d’interfaces dans la chaîne alimentaire signifient aussi moins de pertes alimentaires.

L’initiative pour des aliments équitables réduit le gaspillage par le simple fait d’encourager la production et la distribution saisonnières et régionales. Elle confie, en outre, à la Confédération le mandat de prendre des mesures pour endiguer les pertes alimentaires.

Fruits et légumes tordus ou trop petits doivent être réintégrés dans la chaîne alimentaire. Il s’agit d’adapter la taille des emballages et les portions à l’utilisation et prendre en compte le nombre croissant de ménages à une personne. Or, c’est exactement le contraire qui se fait lors des actions de vente en gros. Au lieu de jeter les déchets inévitables, il convient de les recycler. Les déchets alimentaires des ménages privés peuvent être collectés et valorisés dans des installations de biogaz. La Confédération doit en outre prendre des mesures pour sensibiliser la population à une utilisation réfléchie des aliments. En jetant moins de denrées, on ménage non seulement des ressources rares, mais on a le plaisir de manger de meilleurs produits sans pour autant les payer plus chers.

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